La suite au mois d'avril

(23 février)

J'ai vu hier l'ORL, qui m'a enlevé les points faits la semaine dernière, passé une sonde munie d'une caméra dans le nez pour vérifier que mes cordes vocales vibraient bien, et communiqué les résultats des analyses: la tumeur n'est pas maligne, et pas invasive non plus.
Donc, tout va bien. Je dois juste attendre un peu pour reprendre la danse et la piscine.
En avril, je ferai une prise de sang, pour voir si ma demie-thyroïde produit suffisamment d'hormones, et je revois le médecin pour un contrôle de la cicatrice. Il a déjà fait toutes les recommandations d'usage pour soigner cette incision afin qu'elle devienne toute belle.
Youpi!

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Saine lecture

(20 février 2017)

  Tu sais, Mirza, que quelques ministres de Chah Soliman avaient formé le dessein d'obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume, ou de se faire mohométans, dans la pensée que notre empire serait toujours pollué, tandis qu'il garderait dans son sein ces infidèles.
  C'était fait de la grandeur persane, si, dans cette occasion, l'aveugle dévotion avait été écoutée.
  On ne sait comment la chose manqua. Ni ceux qui firent la proposition, ni ceux qui la rejetèrent, n'en connurent les conséquences: le hasard fit l'office de la raison et de la politique, et sauva l'empire d'un péril plus grand que celui qu'il aurait pu courir de la perte d'une bataille, et de la prise de deux villes.
  En proscrivant les Arméniens, on pensa détruire, en un seul jour, tous les négociants, et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr que le grand Chah Abas aurait mieux aimé se faire couper les deux bras, que de signer un ordre pareil; et qu'en envoyant au Mogol, et aux autres rois des Indes, ses sujets les plus industrieux, il aurait cru leur donner la moitié de ses états.
  Les persécutions que nos mahométans zélés ont faites aux Guèbres, les ont obligés de passer en foule aux Indes; et ont privé la Perse de cette nation, si appliquée au labourage, et qui seule, par son travail, était en état de vaincre la stérilité de nos terres.
  Il ne restait à la dévotion qu'un second coup à faire: c'était de ruiner l'industrie; moyennant quoi l'empire tombait de lui-même, et avec lui, par une suite nécessaire, cette même religion qu'on voulait rendre si florissante.
  S'il faut raisonner sans prévention, je ne sais, Mirza, s'il n'est pas bon que, dans un état, il y ait plusieurs religions.
  On remarque que ceux qui vivent dans des religions tolérées se rendent ordinairement plus utiles à leur patrie, que ceux qui vivent dans la religion dominante; parce qu'éloignés des honneurs, ne pouvant se distinguer que par leur opulence et leurs richesses, ils sont portés à en acquérir par leur travail, et à embrasser les emplois de la société les plus pénibles.
  D'ailleurs, comme toutes les religions contiennent des préceptes utiles à la société, il est bon qu'elles soient observées avec zèle. Or, qu'y a-t-il de plus capable d'animer ce zèle, que leur multiplicité?
[...] On a beau dire qu'il n'est pas de l'intérêt du prince de souffrir plusieurs religions dans son état. Quand toutes les sectes du monde viendraient s'y assembler, cela ne lui porterait aucun préjudice; parce qu'il n'y en a aucune qui ne prescrive l'obéissance, et ne prêche la soumission.
  J'avoue que les histoires sont remplies de guerres de religion. Mais qu'on y prenne bien garde; ce n'est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres, c'est l'esprit d'intolérance qui animait celle qui se croyait la dominante. [...]
Montesquieu, Lettres persanes, édition de 1758
Lettre LXXXV
(Montesquieu pensait ici critiquer la révocation de l'Edit de Nantes.)

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je comprends rien

(17 février)

Bonjour, c'est Makhno.
J'ai rien compris à qu'est-ce qui s'est passé.
L'autre jour, Flourig elle avait mal au ventre, elle vomissait partout. Elle a même pleuré, et puis elle vomissait du sang, et elle est allée se cacher dans la chambre pour qu'on la laisse tranquille. Quand c'est comme ça, les humains, ils vous laissent jamais souffrir en paix, ils vous attrapent pour vous emmener chez le vétérinaire. Flourig, elle est pas revenue.
Et le soir, après la sieste, c'est la Madame qui est partie. Il restait bien deux ou trois humains pour faire des câlins, mais j'ai du mal à communiquer avec eux, moi je préfère les siestes avec la Madame, et là, pendant deux siestes, elle était pas là.
Heureusement, elle est revenue. En même temps que Flourig. Flourig, elle avait un pansement sur la patte et elle puait le vétérinaire, mais sinon, elle avait l'air bien (sauf qu'elle a pris son médicament directement dans la main de la Madame, sans qu'on l'oblige, ça, c'est pas normal). La Madame, elle avait aussi un petit pansement à la patte, et un autre sur le cou. Je me demande pourquoi elle a été si longtemps chez le vétérinaire des humains, elle vomissait pas? En tout cas, elle a l'air d'aller bien aussi. Il paraît qu'elle doit se reposer, c'est drôlement chouette!
Bon, ce qu'il y a de bien, c'est que le vétérinaire, il a dit qu'il fallait que Flourig mange des trucs qu'elle aime, pas juste les croquettes pas bonnes qu'on a depuis dix jours. Alors les humains, ils ont acheté des croquettes molles, avec de la sauce, un peu comme du manger humain, mais pour les chats. C'est drôlement bon, ça!

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Souvenirs d'anesthésie

(14 février)

La première fois que j'ai été anesthésiée, c'était en 1989. Pour mon anniversaire, j'ai été opérée des ligaments croisés.
En 2002, le 7 février, on m'a endormie pour réparer une "fracture spiroïde de la métaphyse tibiale inférieure gauche" et du péroné adjacent. L'anesthésiste m'avait demandé la veille si je préférais une anesthésie péridurale ou une générale. En salle de réveil, lorsque j'ai émergé, je me suis félicitée d'avoir choisi la seconde option: les radios en face de moi montraient deux os farcis de vis. Je me suis demandé si ça sonnerait aux portiques de sécurité, mais je crois que je n'ai jamais eu la réponse.
Presque deux ans et une grossesse plus tard (par un curieux hasard, le chirurgien était dans l'ascenseur le matin où je suis arrivée à la maternité), il a fallu enlever tout ce matériel médical. Je me souviens avoir attendu avec une personne plus âgée qui venait se faire enlever une vis dans le bras, et qui était arrivée toute maquillée. Evidemment, elle s'était fait gentiment tancer par l'infirmière: pas de maquillage sur la table d'opération. Ni de bijoux (en théorie; en pratique, je crois qu'on ne m'a jamais fait enlever ni me boucles d'oreilles, ni mon alliance). Rien, en fait, sauf la charlotte sur les cheveux. La chemise qu'on vous fait enfiler avant n'est qu'illusion: on vous l'enlève au bloc, avant de poser la perf'; je m'en suis rendu compte dès mes 16 ans, quand je me suis réveillée avec une chemise, certes, mais dont une manche (celle du bras perfusé) n'était pas enfilée... J'ai pu le vérifier ce jour-là.
Comme j'étais la dernière à passer sur le billard, l'opération étant probablement plus facile que les autres (ouvrir pour retirer du matériel demande, je suppose, moins de précision que de poser une prothèse de hanche), le médecin était pressé d'en finir. Je suis arrivée encore bien assez consciente pour qu'on me demande si j'étais d'accord pour qu'une élève infirmière me pose le cathéter. J'ai dit oui, parce que je ne suis pas sûre qu'il y ait mieux qu'un corps humain vivant pour s'entraîner. Elle a transpercé la veine (je ne lui en veux pas: un vaisseau sanguin, c'est tout petit, je ne sais pas comment on peut se rendre compte qu'on l'a traversé de part en part; et puis, à part un bleu, ce n'était pas très grave). A l'entrée au bloc, j'étais encore en pleine possession de mes moyens quand le chirurgien m'a dit que, pour gagner du temps, il allait commencer à m'installer. C'est-à-dire qu'il a plié vers le bas la jambe dont il n'avait que faire, et qu'il l'a attachée. Il faut le savoir, on vous attache, sur une table d'opération: c'est à cause des mouvements désordonnés qui peuvent se produire lors de la perte de conscience. Il ne faudrait quand même pas que le patient tombe!
Ensuite, je me souviens juste avoir entendu une voix féminine dire que j'avais froid. Et on m'a posé sur le ventre, à même la peau (et donc, on en a profité pour m'enlever ma chemise), une espèce de matelas gonflable. Je ne sais pas comment ce truc était censé me réchauffer, ni s'il l'a vraiment fait: je me suis endormie avant.

A l'heure où vous lirez ces lignes, je serai peut-être encore ligotée sur une table d'opération, la tête renversée en arrière (l'anesthésiste m'a prévenue que je risquais d'avoir mal au cou, au réveil, à cause de cette position). Ou alors, je serai en train d'essayer de me libérer des bras de Morphée.
En tout cas, vous comprendrez que, après ce billet programmé, il puisse y avoir un délai de quelques jours avant ma réapparition sur la blogoshère.

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Le dimanche à la campagne

(12 février)

Le dimanche, nous allons chercher des gâteaux à la boulangerie. Quand le boulanger n'est pas en vacances, chacun des enfants m'accompagne, à tour de rôle, pour choisir les pâtisseries individuelles que nous mangerons au dessert. Sur la route, nous comptons les cyclistes. Ca nous fait un peu de calcul mental. Je crois que le record est à 23 cyclistes, hors course organisée...
Mais en ce moment, le boulanger est en congé. Alors c'est moi qui confectionne le dessert.
Une variation sur le quatre-quart, avec du chocolat et de la cannelle, ça vous dit?
240 g de beurre, fondu
4 oeufs
180 g de sucre
80 g de farine de châtaigne
160 g de farine de blé
1 pincée de levure
2 c. à soupe de cacao non sucré
1 c. à soupe de cannelle moulue

Mélanger les oeufs et le sucre, ajouter le beurre fondu, puis les farines et la levure, et enfin le cacao et la cannelle.
Mettre au four, comme un quatre-quart.

C'est facile, peu sucré, et très bon.
(Peut-on parler de "tics culinaires"? Si oui, vous avez dû remarquer que je mets souvent de la farine de châtaigne et de la cannelle, et que je réduis systématiquement la dose de sucre...)

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Parce qu'elle le vaut bien




(8 février 2017)

Dans le cadre du thème sur les mythes et héros, j'ai décidé de travailler sur la Lorelei avec mes élèves.
J'ai donc commencé par leur distribuer le texte du poème, avec des trous dedans, pour faire un peu de compréhension orale (niveau collège, puisque j'ai pris la version chantée, qui est ultra-lente, mais là n'est pas la question). En recevant sa feuille, une élève a lu le titre, et dit: "Lorelei, parce que je le vaux bien". Au fond, elle ne croyait pas si bien dire, puisque cette espèce de sirène peigne ses longs cheveux au bord du Rhin. Et puis, elle est blonde. Cerise sur le gâteau: une des lacunes à combler était "Schiffer" (le batelier)...

Sinon, en tapant "Lorelei" sur mon ordinateur de la maison, Gogole, au lieu de faire apparaître dans les premières vidéo la version chantée sur la mélodie de Silcher, me propose ceci, qui est à peine moins traînant:

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Examen de routine

(3 février)

Au départ, je voulais juste un certificat médical de non contre-indication à la pratique de la danse.
Ca s'annonçait un peu compliqué, parce que mon médecin traitant est parti en retraite, et que les autres ont déjà suffisamment de patients. Mais le cabinet médical local a bien voulu me donner un rendez-vous avec un des médecins.
J'y suis allée avec le P'tit Mousse (qui fait de la danse aussi), et le médecin a procédé à son examen de routine, qui inclut une palpation de la thyroïde. Et là, il a senti un truc, un "nodule" qui expliquait la grosseur qu'il m'avait semblé apercevoir dans le miroir (après coup, c'est facile à dire). Comme ce nodule m'était par ailleurs inconnu (je veux dire, aucun médecin ne l'avait détecté, et aucun examen n'avait confirmé sa présence), le médecin a lancé la procédure, qui commençait par une échographie. Ensuite, sil nodule il y avait, il faudrait sans doute faire une ponction.
Il y avait nodule. Le médecin-échographiste qui l'a vu et mesuré a dit qu'il fallait faire une cytoponction (si, Monsieur le correcteur orthographique, ce mot existe, il désigne un prélèvement de cellules, espèce d'ignare, apprends le grec ancien!). J'ai donc pris rendez-vous pour faire la lumière sur cette affaire le 13 décembre. Le jour J, j'étais en avance, mais on m'a envoyée tout de suite en salle d'examen, et le médecin a tenu un discours très rassurant, tout en m'expliquant que je n'aurais pas les résultats moi-même, mais qu'ils passeraient par mon médecin traitant. Les choses devenaient donc sérieuses.
Trois jours plus tard, le médecin qui avait prescrit l'échographie initiale me téléphonait pour savoir qui était mon médecin traitant. je lui ai rappelé que je n'en avais plus, et il avait l'air bien embêté de devoir m'annoncer lui-même ce qu'il avait reçu. Donc, les nouvelles n'étaient pas bonnes. Il a trouvé un créneau dans l'après-midi même (quel chouette début de vacances) pour me dire qu'il y avait des cellules suspectes, dans ce prélèvement, et que donc il fallait enlever le nodule, et peut-être même toute la thyroïde avec, vu l'emplacement du machin. Le nodule est devenu tumeur, il me fallait un médecin traitant et il fait la déclaration illico, et puis il a lancé une procédure d'ALD (affection de longue durée) pour couvrir la suite. Il était plutôt pessimiste et envisageait déjà un traitement à l'iode radioactif. Il a appelé lui-même le secrétariat de l'ORL auquel il m'envoyait, et j'ai eu un rendez-vous le mercredi suivant.
L'ORL, lui, a été plus rassurant. Selon lui, pas d'urgence. l'opération a été programmée pendant les vacances de février (le 14, une date qui ne s'oublie pas), et il parle d'enlever seulement la moitié de la glande. Ce qui m'éviterait peut-être le traitement substitutif à vie. Les analyses sanguines sont normales (la thyroïde et les para-thyroïdes semblent fonctionner normalement) et il n'y a pas de signes cliniques inquiétants. Il ne reste plus qu'à voir l'anesthésiste, la semaine prochaine.

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